Les décrets publiés fin 2025 changent les règles de plusieurs marchés publics dès 2026 : seuils relevés, candidature moins restrictive, gestion clarifiée de certaines situations d’exécution. Pour les acheteurs publics comme pour les entreprises, l’enjeu est concret : profiter de procédures simplifiées sans relâcher la sécurité juridique, la traçabilité ni l’égalité de traitement.
L’article en bref
La commande publique 2026 s’organise autour de règles d’accès assouplies et de responsabilités qui demeurent entières. Voici les échéances et ressources à intégrer dans vos pratiques.
- Seuils révisés : Travaux à 100 000 euros HT, fournitures et services à 60 000 euros HT.
- Candidatures élargies : Le plafond de chiffre d’affaires exigible passe à 1,5 fois le montant estimé.
- Exécution mieux cadrée : Défaillance de l’attributaire et remboursement de l’avance clarifiés.
- Vigilance maintenue : Mise en concurrence, traçabilité et égalité restent des exigences centrales.
Les nouvelles marges de manœuvre sont utiles si elles s’accompagnent d’une pratique documentée et proportionnée.
Code de la commande publique : les changements à appliquer en 2026
La réforme de la commande publique issue des décrets n° 2025-1386 et n° 2025-1383 transforme plusieurs règles de passation et d’exécution. Les seuils de dispense évoluent, tandis que les exigences de capacité financière et certaines étapes de gestion contractuelle sont ajustées.
Pour une PME qui répond à des appels d’offres, chaque modification peut faire la différence entre une candidature accessible et un dossier écarté. Pour les acheteurs publics, simplifier ne signifie pas décider sans méthode : la justification des choix et le respect des principes du Code de la commande publique restent déterminants.
Seuils de dispense : des montants relevés à des dates distinctes
Le seuil de 100 000 euros HT pour les marchés de travaux, auparavant appliqué dans le cadre d’un régime temporaire, est désormais pérennisé dans le Code. Cette mesure s’applique depuis le 1er janvier 2026.
Pour les fournitures et les services, le seuil passe de 40 000 à 60 000 euros HT à compter du 1er avril 2026. Des petits lots peuvent également bénéficier de la dispense si leur montant reste sous le seuil applicable et si leur valeur cumulée ne dépasse pas 20 % de celle de l’ensemble des lots.
La mise à disposition dématérialisée des documents de consultation suit le nouveau seuil : à partir du 1er avril, elle est obligatoire pour les marchés d’au moins 60 000 euros HT faisant l’objet d’une procédure de publicité. Les deux conditions sont cumulatives. Un marché de travaux inférieur à 100 000 euros HT, passé sans publicité, n’entre donc pas dans cette obligation au seul titre de ce seuil.
Ces seuils allègent certaines formalités, mais ne dispensent pas de respecter les principes fondamentaux ni d’acheter au bon prix. La souplesse réglementaire n’est pas une autorisation de choisir sans preuve.
Dispense de publicité : conserver une trace de la décision
Même lorsqu’une procédure sans publicité ni mise en concurrence est permise, l’acheteur doit retenir une offre pertinente, assurer une bonne utilisation des deniers publics et éviter de contracter systématiquement avec le même opérateur. Une collectivité qui consulte plusieurs devis et consigne son analyse dispose d’un dossier plus robuste qu’une décision reposant sur un simple échange oral.
La traçabilité peut s’appuyer sur des devis, des catalogues, des référentiels de prix ou une note interne décrivant le besoin et le raisonnement suivi. Il faut aussi éviter le fractionnement artificiel d’un besoin destiné à rester sous les seuils : ce « saucissonnage » expose l’acheteur à une remise en cause de ses procédures de passation.
Le bon réflexe est simple : définir le besoin dans son ensemble, justifier le choix et archiver les éléments utiles. La dispense réduit le formalisme, pas la responsabilité.
Accès des PME aux marchés publics : candidature et exécution
Le chiffre d’affaires minimal exigible est abaissé
Depuis le 1er janvier 2026, le plafond de chiffre d’affaires annuel minimal qu’un acheteur peut exiger passe de deux fois à une fois et demie le montant estimé du marché ou du lot. Pour un marché estimé à 500 000 euros HT, l’exigence maximale est donc de 750 000 euros, au lieu d’un million auparavant.
Cette évolution peut ouvrir la porte à des entreprises plus jeunes ou en croissance. Elle ne garantit pas qu’elles remporteront davantage de contrats : l’acheteur peut encore demander un niveau supérieur dans des circonstances exceptionnelles liées aux risques particuliers de la prestation, à condition de le justifier. Dans tous les cas, la capacité demandée doit rester liée à l’objet du marché et proportionnée.
Une PME candidate doit donc vérifier les critères financiers du dossier, mais aussi la cohérence de ses justificatifs. Pour préparer ses formalités d’entreprise, elle peut consulter ces informations sur le Kbis pour un autoentrepreneur et s’assurer que ses pièces administratives correspondent à sa situation réelle.
Attributaire empêché : solliciter le candidat suivant
Un nouvel article permet à l’acheteur, si l’attributaire devient incapable d’exécuter le contrat après l’attribution mais avant sa notification, de solliciter le soumissionnaire classé immédiatement après. L’empêchement doit résulter d’un cas fortuit ou d’un cas de force majeure, et non d’un simple changement d’avis ou d’un motif d’opportunité.
La distinction compte : le cas fortuit correspond à un événement imprévisible lié au fonctionnement de l’entreprise, comme une chaudière qui explose. La force majeure renvoie à un événement extérieur et insurmontable, tel qu’une inondation majeure. L’entreprise concernée doit pouvoir démontrer que l’impossibilité d’exécuter ne résulte pas de son fait.
Pour sécuriser la procédure, l’acheteur a intérêt à examiner cette possibilité avant l’envoi des courriers de rejet, car les autres candidats peuvent ensuite être libérés de leur offre. Ce mécanisme ne vise pas une défaillance survenue pendant l’exécution d’un contrat déjà en cours.
Avance et sous-traitance : clarifier le calcul du remboursement
Le remboursement de l’avance commence lorsque les prestations exécutées atteignent 65 % du montant TTC du marché. La règle clarifiée en 2026 précise que, pour le titulaire, ce seuil s’apprécie sur ses propres prestations et non sur celles de ses sous-traitants.
Lorsqu’un sous-traitant est admis au paiement direct, le remboursement s’applique également selon les modalités prévues, mais sur la base de sa part du marché. Pour les entreprises, cette distinction mérite d’être suivie dans les situations de paiement et dans le pilotage de trésorerie : le calendrier contractuel doit correspondre à la répartition effective des prestations.
Actualités réglementaires 2026 : les évolutions à suivre
Les décrets de décembre ne sont pas les seuls sujets de veille. Les informations disponibles en 2026 font état de la création du Conseil national de la commande publique par un décret du 14 mars, ainsi que de la publication au Journal officiel, le 27 mai, de la loi de simplification de la vie économique, qui ajuste plusieurs règles du secteur.
Les mesures signalées concernent notamment le profil d’acheteur de l’État, les marchés sans publicité ni mise en concurrence, les achats innovants, les variantes et les lots réservés. Leur portée doit être vérifiée à partir des textes applicables et des consignes propres à chaque acheteur : un titre d’actualité ne remplace jamais la lecture de la disposition entrée en vigueur.
La jurisprudence reste, elle aussi, essentielle. Une décision du Conseil d’État du 3 avril 2026 a porté sur les obligations de l’acheteur face à un lien d’intérêt entre un assistant à maîtrise d’ouvrage et l’entreprise attributaire. Pour prévenir les situations à risque, les équipes peuvent également se référer aux repères sur la prise illégale d’intérêts et ses risques : la prévention commence par l’identification des liens et leur traitement documenté.
Les sujets opérationnels évoluent également : guides sur l’accessibilité numérique, données essentielles de la commande publique et outils dédiés à la restauration collective durable alimentent les ressources juridiques disponibles. Une veille utile croise les textes, les décisions et les guides pratiques plutôt que de s’arrêter à une annonce isolée.
Échéances des décrets de décembre 2025
| Mesure | Règle à retenir | Entrée en vigueur |
|---|---|---|
| Seuil pour les travaux | Seuil de dispense de 100 000 euros HT pérennisé | 1er janvier 2026 |
| Chiffre d’affaires exigible | Plafond ramené à 1,5 fois le montant estimé | 1er janvier 2026 |
| Attributaire empêché | Possibilité de solliciter le candidat classé après lui | 1er janvier 2026 |
| Remboursement de l’avance | Seuil de 65 % calculé sur les prestations du titulaire | 1er janvier 2026 |
| Seuil pour les fournitures et services | Dispense relevée à 60 000 euros HT | 1er avril 2026 |
| Documents de consultation en ligne | Obligation alignée sur le seuil de 60 000 euros HT avec publicité | 1er avril 2026 |
La chronologie évite une erreur fréquente : appliquer dès janvier le seuil de 60 000 euros HT prévu pour avril. Un calendrier partagé entre acheteurs, juristes et services opérationnels sécurise la transition.
Ressources juridiques pour suivre la commande publique 2026
Organiser une veille exploitable par les équipes
Les acheteurs publics et les candidats peuvent structurer leur veille autour de trois sources complémentaires : le Code et les textes publiés sur Légifrance, les fiches de la Direction des affaires juridiques de Bercy, puis les analyses et guides pratiques des organismes spécialisés. Les fiches de la DAJ sont particulièrement utiles pour traduire une modification réglementaire en consignes de travail.
Une veille efficace ne consiste pas à accumuler des liens. Il faut relier chaque évolution à une action : modifier un modèle de consultation, actualiser une grille d’analyse, revoir les justificatifs demandés ou informer les équipes chargées de l’exécution.
Transformer les textes en réflexes de gestion
Une entreprise qui veut répondre à des marchés peut désigner un responsable de veille, tenir à jour ses pièces administratives et analyser les critères dès la publication du dossier. Côté acheteur, une fiche de contrôle courte peut rappeler le calcul des seuils, la proportionnalité des capacités exigées et les éléments à conserver pour documenter la décision.
- Qualifier le besoin : calculer sa valeur globale avant de choisir une procédure.
- Vérifier l’échéance : distinguer les règles applicables dès janvier de celles qui débutent en avril.
- Contrôler les critères : s’assurer qu’ils restent liés et proportionnés au marché.
- Documenter la décision : conserver l’analyse des offres, les prix consultés et les motifs du choix.
- Suivre l’exécution : coordonner titulaire, sous-traitants, avance et échéances de paiement.
Cette discipline ne rend pas la procédure plus lourde : elle réduit les zones grises et permet aux équipes de décider avec davantage de sécurité. En commande publique, la clarté en amont coûte moins cher qu’un contentieux en aval.
Quel est le seuil de dispense pour les marchés de travaux en 2026 ?
Le seuil de 100 000 euros HT est pérennisé à compter du 1er janvier 2026. Cette dispense ne supprime pas le respect des principes fondamentaux de la commande publique ni l’obligation de justifier le choix.
À quelle date le seuil de 60 000 euros HT s’applique-t-il aux fournitures et services ?
Le seuil passe de 40 000 à 60 000 euros HT le 1er avril 2026. À partir de cette même date, les documents de consultation doivent être mis à disposition sur le profil d’acheteur pour les marchés d’au moins 60 000 euros HT faisant l’objet d’une publicité.
Le chiffre d’affaires exigé peut-il dépasser 1,5 fois le montant du marché ?
Ce plafond peut être dépassé dans des circonstances exceptionnelles tenant aux risques particuliers de la prestation. L’acheteur doit justifier cette exigence dans les documents de consultation et respecter le principe de proportionnalité.
La procédure sans publicité dispense-t-elle l’acheteur de toute traçabilité ?
Non. L’acheteur doit retenir une offre pertinente, bien utiliser les deniers publics et éviter de solliciter systématiquement le même opérateur. Des devis, références de prix et notes internes permettent de conserver une trace adaptée.




